Des hôpitaux et des morts

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Il est bien grand cet hôpital derrière moi. Mais pas assez apparemment. Jamais assez. Il n’y a souvent pas de place. Et des gens y meurent. Beaucoup de gens.

Je suis assis sur un banc, un banc public. J’attend mon bus, c’est le soir. Des gens passent devant moi, certains sont très pressés, d’autres prennent leurs temps.

Jeune homme en train de penser.
CC: Thintallbayo/Pixabay

Une femme passe devant moi. Elle veut me vendre du pain, Sakomi. Je n’en veux pas. Je n’ai pas faim. J’ai peur, non, ce ne sont que mes mains qui tremblent, légèrement. Je ne veux rien. Ou plutôt, je veux tout. Je ne veux que la vie. La vie qui a quitté l’hôpital. La vie qui s’y cache dans un coin.

…mes mains qui tremblent

Je songe, mes yeux dans le vide. Les bruits ne me ramènent. Les bruits stridents des Zemidjans ne me ramènent pas. Strident, le klaxon des Zemidjans. Stridents, les cris de l’enfant qui a rendu l’âme dans les bras de sa mère.

Mais il était là, celui qui a prêté serment. Il était bien là, sans rien faire.

 

 

L’enfant a rendu l’âme

 

Peut-être n’était-ce pas un docteur, peut-être était-ce un infirmier ou un agent d’entretien. Appelons-le … quelqu’un. Je ne me le rappelle pas très bien.
Mais j’ai une excuse vous savez. Je n’en avais jamais vu. Je n’avais jamais vu personne partir ; fermer les yeux et ne plus jamais les ouvrir, pour des raisons dérisoires. Jamais.

 

M’bé* il n’y a pas de place! Vous voulez on va faire comment ?

_Quelqu’un

 

Quelqu’un a vu beaucoup de mort. Peut-être un peu trop. Il ne fait plus grand chose, ou… il ne sait plus quoi faire ou… il n’en a plus la force.

 

Il n’y a pas de matériel, il n’y a rien, nous même on est pas là bien! Vous voulez on va faire comment

_Quelqu’un

Le ciel s’assombrit, mon bus n’est toujours pas là. Il va peut-être pleuvoir. C’est comme si les morts, leurs âmes s’assemblaient au dessus de l’hôpital pour pleurer. Pleurer et mouiller l’hôpital et la morgue son ami voisin. Son ami qu’il nourrit plutôt bien.

Ciel sombre
CC; Drylan via Iwaria

C’est comme s’ils voulaient pleurer, pleurer les matelas usés qu’ils n’ont pas pu avoir. Pleurer les amis qu’ils ne verront plus. Pleurer le scanner, ce scanner envoûté qui n’a jamais voulu marcher. Pleurer Noël qu’ils ne fêteront pas. Pleurer.

 

J’espère qu’ils ne pleureront pas. Je ne veux pas être mouillé.
J’ai attendu longtemps, mon bus vient d’arriver, le chauffeur me sourit. Je ne lui souris pas. Mon sourire semblera faux. Je m’empresse d’entrer dans le bus. Je veux aller loin, très loin de l’hôpital, très loin de la morgue, très loin des morts.


*Je dis

PS: Ceci est une fiction, de l’imaginaire, du faux; mais hélas pas pour tous. Pas pour tous.

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